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mercredi 02 novembre 2005

Commentaires

Seulement une petite question : n'auriez-vous pas un enregistrement sur cassette de l'émission d'Alain Veinstein et de P. Quignard? Merci par avance
Ce soir, j'étais en train de feuilleter Les Actes du Colloque de Cerisy; mais je rigolais trop, j'ai dû m'arrêter. La faute non pas à Rousseau, pour une fois, mais à Dolorès Lyotard. Sa "Nuit fossile", p.259 : un bijou de clarté, translucide comme un tronc d'arbre du bois de Boulogne. Il doit y avoir des rébus, des contrepèteries, peut-être même des codes dignes des transmissions de la 2nde Guerre. Mais je suis pas assez intelligent pour tout trouver, il m'aurait fallu l'aide de Simon Singh. Dolorès Lyotard a réussi cette gageure qui consiste à écrire des phrases insensées. C'est très dur, essayez, vous verrez. Le pauvre Barthes aurait été stupéfait de voir qu'il existe vraiment des phrases qui ne signifient rien - à proprement parler : insignifiantes. C'est de l'écriture automatique, mais sans la poésie. Ne critiquez pas : cette femme a un talent incroyable pour le pastiche - sans l'humour. Ca tient du mauvais Derrida - sans l'effort noétique, comme qui dirait - ou du pire Cixous - sans la grâce des jeux de mots. C'aurait pu être du Lautréamont, mais ca n'est même pas comique dans ses contradictions. Je vous propose immédiatement cette citation: "La vitesse de fuite de cette dilatation [de l'univers, rassurez-vous] s' accélère, prend des allures d'éternité." p.262 Pas besoin d'être astrophysicien pour s'inquiéter d'une vitesse éternelle... Ca doit aller vachement vite non? Ou alors ça prend tout son temps, c'est lent, très lent; mais c'est normal, ça a tout son temps, une vitesse éternelle... Je chipote ? D'accord, on continue la ballade. Dolorès a aussi une passion pour les mots compliqués qui rapportent des points au Scrabble : "Lover toute pensée. La plonger dans l'anté-rationnel du sujet noème. Que le sens s'auto-affecte du sentir, de cette sensorialité archaïque qui est au coeur de la nuit des hommes - noèse -noyau, noèse-embryon. Que la langue s'abîme, vibre de la pulsation gravide, du tempo mutique. Écrire depuis l'écholalie muette que la mémoire charnelle a enclose et dont elle rythme la tonique, le mélos absent et fantomal, dans le tremit sourd qui agit les corps malgré eux" P. 269 ... Ouf ! C'est long comme énoncé, mais même les meilleures phrases ont une fin. "Que le sens s'auto-affecte"; c'est marrant comme expression, d'autant plus que M. Deguy, p.320 du même livre, tranche très raisonnablement: "L'insurrection de l'auto saccage la lange. Depuis quelques années, le renforcement des pronominaux par une sorte de préfixation pléonastique en auto est insupportable. Le journaliste aimerait dire "Untel s'est auto-suicidé." D'une telle laideur, qu'on ne devrait pas avoir à insister. " Hé ben si! Deguy, vous devriez insister ( à moins que Dolorès ne soit vraiment une journaliste? Est-ce que quelqu'un sait qui est cette femme?) Tout est "muet", même le tempo "mutique" chez Dolorès; elle pratique l'oxymore comme personne; tout est présent/absent, blanc de noirceur ou vêtu de nudité. Même ses phrases sont belles hideusement : " Comment dire, sinon qu'il piste l'intime, guette au plus proche le plus lointain, retourne en peau de gant la poche absente de l'outre-Présence?" Que celui qui a compris le thème de cette phrase lève la main... Parce que moi, j'en suis encore à me demander si cette outre a une poche ou non... Allez, ma phrase préférée, celle que je répète en vain depuis une heure dans ma tête: "[...] Pascal Quignard va quérir l'illumination de ses trésors, " sordidissimes" ou "paradisiaques", tandis que s'incisent à même l'existence du lettré - à cru - ces hébétudes et ces ébahissements du sujet enfin anéanti, ces "recoîts" de l'être où l'âme infante lévite et se niche, lape le lait absent de la nuit fossile." Hein, ca calme, surtout quand "l'âme infante lévite et se niche"... On dirait du Samain " mon âme est une infante en robe de parade". Allez essayez d'imaginer une âme ( pas facile, je sais, mais concentrez-vous un peu) qui est une infante et qui soudain monte jusqu'au plafond, s'y cache pour boire un truc qui n'y est même pas... Ben oui, c'est très joueur "le lait absent" Hélas, il n'y a pas que le lait qui soit absent dans ce magnifique article de la modeste Dolorès que je moleste un peu. Il y a aussi le talent. A.G

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