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samedi 06 mai 2006

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Le poète et sa ville. Chaque grand poète a sa ville de coeur, sa patrie d'écriture. A l'instar de Saba pour Trieste, Rome pour Penna, Paris chanté par Fargue, Carco... Lisbonne, qu'il décrit si bien au tout début de son seul livre de voyage, une sorte de guide où il célèbre sa ville. Lisbonne qu'il arpente, entre un verre dans une tabaccaria et le surplomb sur l'agitation d'une des rues qu'il a habitées. Lisbonne la multiple. Celle des collines. Celle des bars où le poète discute et fume, donne conseils aux plus jeunes. Celle des bancs où le poète dépose à l'adresse d'un inconnu un journal à lire...à partager. Celle des chambres d'écriture. Car on ressent à lire ses poèmes, ceux du "Cancioneiro", ses textes de prose, les fragments de l'intranquille métier d'exister en partageant tant de vies communes et incommodes. Celle des phrases somptueuses qui l'honorent. Lisbonne magnifiée. La Lisbonne d'une pluie d'été, des "dernières ardeurs de l'été", "comme s'ouvre une fenêtre" sur ce qu'il s'agit de dire au fil des jours, des années, des trop longues années... "Si je regrette que personne ne lise ce que j'écris? Je l'écris pour me distraire de vivre, et je le publie parce que telle est la règle du jeu.", nous dit-il en séquence 118 de son "Livre de l'intranquillité" (Ed.Bourgois, p.144). La vie est contenue dans la ville. Pas seulement formellement. pour quelqu'un qui hume, sent, ressent, éprouve , en sensationniste d'excellence, ce qu'est une ville, avec ses couleurs, ses humeurs, ses tropismes, ses variantes et ses courbes. Pas seulement parce qu'en vitaliste malgré tout, cet espoir qui est pour lui presque un exploit de vivre, le poète perçoit dans l'essaim du vivre-autour-de-lui des raisons de poursuivre ainsi, de cheminer, de lever le pied comme le montrent les si belles photographies de lui, arpentant les trottoirs de sa ville. Le coeur et la raison fomentent chez lui une poésie étrange de ferveurs aussitôt dessaisies de retraits, de foucades rentrées. Comme s'il bridait un lyrisme non désiré. Etrange poète d'un idéalisme forcené qu'un artisanat isole, renferme, referme sur un orgueil à l'image de son exclusion volontaire du monde vivant. Entre les lettres du monde qu'il écrit, entre les figures réelles et inventées de son univers de vie et d'écriture, le poète trouve une place d'exception, au bord du monde, au rebord d'une fenêtre, en surplomb sur la ville. Lisbonne épiée d'un surplomb.

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