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mardi 05 novembre 2019

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Quel statut la poésie a-t-elle dans la société contemporaine ? Elle a une double existence : institutionnelle et sauvage, visible et souterraine. Tous les poètes sont confrontés à cet écartèlement. Dans un journal grand public, soudain un article sur un poète, pas forcément très médiatisé, nous apparaît comme une divine surprise. Les revues poétiques et leurs passionnés font un travail extraordinaire, ingrat et néanmoins extraordinaire. Les universitaires, et qu'ils soient poètes tant mieux, apportent leur expérience du temps long pour nous sortir du court-terme où végète notre regard, La question du renvoi d'ascenseur, de la cooptation et du copinage n'est pas le problème : c'est humain. Les poètes s'entraident et c'est très bien ainsi : que peuvent-ils faire d'autre dans le trente-sixième dessous où les laisse la société, pour parler comme Francis Ponge. La question est : une fois que l'on a pris acte du silence assourdissant dans lequel la poésie est laissée dans la société telle qu'elle est, que faisons-nous, nous autres poètes ? Être lyrique ou anti-lyrique, politique ou apolitique, ce n'est pas la question, cela n'a JAMAIS été la question de la poésie. Le lieu de la poésie, c'est la poésie elle-même, chaque poète a à inventer ses moyens d'action et de survie. La reconnaissance n'est jamais là où on l'attend et l'action véritable toujours indécelable. La différence est vertigineuse entre la puissance d'un poème et la vanité de celui qui croit tant soit peu être représentant social de cette puissance : qu'on le veuille ou non, la société du spectacle, qui est la société de l'asservissement par le spectacle, n'a pas d'oeil et d'espace cérébral disponible pour recevoir la poésie - cela nous empêchera-t-il de poursuivre notre labeur ? Je ne crois pas. Nous poursuivrons notre labeur. Car quel est-il ? Rouvrir les yeux qui peuvent encore l'être, faire entendre, qu'une autre PAROLE est possible donc une autre vie et un autre rapport à soi, aux autres et au monde. S'entraider dans cette tâche, plutôt que de compter les divisions, faire le tour des chapelles, s'entreregarder comme des chiens et des loups, cela n'est aucunement un problème. Vous concevez la poésie autrement que moi, vous avez gravi la montagne par une autre voie, la belle affaire ! L'essentiel est que vous croyiez que la poésie existe et que vous lui consacriez votre énergie. Le reste est absolument secondaire.

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